Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs.
Le pitch : C’est l’histoire d’un homme en chute libre. Sensible aux esprits, Uxbal, père de deux enfants, sent que la mort rôde. Confronté à un quotidien corrompu et à un destin contraire, il se bat pour pardonner, pour aimer, pour toujours…
Alejandro González Inárritu signe un film dérangeant… Dérangeant parce qu’il montre une réalité crue des grandes villes, que l’on tend à ne pas voir : celle des petits trafics, des ateliers clandestins, de la misère à grande échelle. Devant sa caméra, Barcelone semble irréelle et tient d’avantage du tiers-monde que de la cité balnéaire. Il en sort quelques scènes d’anthologie, dont cette incroyable course-poursuite filmée à l’épaule où des policiers (corrompus) arrêtent un groupe de vendeurs à la sauvette africains (qui, en gros, ne donnent pas assez de bakchichs).
Mais Biutiful est d’avantage dérangeant à cause de ses artifices. La mise en scène est à la fois tire-larme et lente (le film mériterait d’être raccourci d’une bonne demi-heure pour être digeste). Inárritu montre et remontre sans cesse certains détails et passe souvent à côté de l’essentiel. Le « don » d’Uxbal (être en communication avec les morts) n’est ni explicité ni même correctement exploité ; rien ne semble intriguer le personnage principal : il se contente de « gérer ».
Reste donc Javier Bardem, qui sauve le navire du naufrage. L’acteur livre une prestation à la fois brute et nuancée : brutalité du corps qui est attaqué par la maladie ; nuance d’une rédemption aux motifs flous… Uxbal est-il un humaniste qui tente de survivre ou un mourant qui tente de se racheter un salut ? La question reste posée.